Un univers inquiétant
Les développeurs à l'origine de Majora's Mask sont partis du travail réalisé par son homologue sur N64 pour créer un monde parallèle du nom de Termina. Il n'est donc pas étonnant de voir le même moteur graphique utilisé, ce style graphique si particulier qui a fait sensation dans Ocarina of Time. Techniquement donc, on ne sent pas une grande différence, même si la console profitera de l'extension de mémoire (Expansion Pak) nécessaire à l'exécution du jeu. Mais ce n'est pas sur le plan technique ou graphique que brille ce jeu. Non, en réalité Majora's Mask apporte une mécanique peu commune dans le genre aventure : une véritable course contre la montre. Mais pour comprendre, il faut se placer un minimum dans le scénario.
Link étant revenu dans le temps grâce à la princesse Zelda dans Ocarina of Time, il entreprend une quête personnelle. Sur son chemin, dans les bois perdus, il subit l'embuscade d'un Skull Kid, accompagné de deux fées, qui lui dérobe à la fois son ocarina et son destrier. Ne se laissant pas faire, l'Hylien poursuit son ravisseur jusque dans un gouffre dimensionnel qui l'amène à Termina. En face de Skull Kid, Link semble impuissant. Le chenapan masqué semble disposer de grands pouvoirs magiques et en fait usage pour transformer notre héros en peste Mojo ! Skull Kid s'enfuit, laissant Link sans réelles capacités de riposte mais oublie sur sa route l'une des deux fées qui l'accompagnaient. Cette dernière nommée Taya fera ami-ami quelque temps avec Link pour retrouver Skull Kid. Link et Taya arrivent ainsi à Bourg-Clocher, la ville principale de Termina où ils constatent avec terreur que la lune s'approche dangereusement de la Terre et s'y écrasera dans 72 heures.
Jouer avec et contre le temps
Cet aparté scénaristique met donc en place le système principal du jeu : résoudre une quête avant qu'un cataclysme se produise. Le temps s'écoule plus rapidement dans le jeu que dans la réalité. On peut estimer qu'une heure à Termina correspond à une minute réelle. La quête de Link (à savoir récupérer le masque de Majora que porte Skull Kid) doit donc être effectuée en 1 heure et 12 minutes. C'est peu vous me direz, mais une astuce vous permettra de faire face à ce problème. En effet, il vous sera possible de contrôler le temps au moyen de votre ocarina (quand vous l'aurez retrouvé) : ralentir, accélérer, revenir en arrière, l'ocarina vous transformera en magicien du temps. La quête s'annonce plus longue que prévue, et pour cause, vous devrez triompher de 4 temples judicieusement conçus pour résoudre le problème qui menace Termina.
Sachez que ce Zelda axe le plus clair de son gameplay sur les quêtes annexes. Vous devrez batailler quelques heures avant d'accéder au premier temple, dans la mesure où les donjons sont moins nombreux. Mentionnons une nouveauté pour le moins intéressante : des masques en veux-tu, en voilà, dont quatre ont le pouvoir de transformer Link et d'ouvrir de nouvelles perspectives de gameplay. Avec la quantité de quêtes annexes que propose le jeu, imaginez bien que les créateurs ont trouvé une idée judicieuse pour vous éviter de tenir un carnet de notes : un journal ! Le journal des Bombers que vous obtiendrez au début de l'aventure répertoriera un bon nombre de missions que vous aurez accepté et surtout, vous permettra de gérer l'emploi du temps des personnages concernés par ces missions.
Un monde vivant
C'est en effet cela le plus impressionnant dans ce Zelda, tout ce monde semble vivant, doué d'une intelligence. Même si les trois jours que vit Termina se répètent inlassablement et montrent une certaine programmation des événements, voir les gens vaquer à leurs occupations quotidiennes, parler ensemble, agir pour tenter de résoudre leurs problèmes, procure quelque part un sentiment d'humanisme derrière ce simple jeu vidéo. Un Zelda clairement classé sous le signe des sentiments humains, des émotions. Un choix artistique parfaitement mené par Eiji Aonuma, qui n'a pas pour autant oublié les fans d'aventure, d'action et d'énigmes puisque Majora's Mask vous tiendra en haleine au moins aussi longtemps que son prédécesseur. Les donjons sont d'une complexité très intéressante, originaux, bien pensés et absolument pas linéaires. On critiquera peut-être aux combats leur relative facilité (en particulier le combat final) mais globalement, la qualité du jeu n'en pâtit pas.
Un petit mot sur la bande son. En partie reprise d'Ocarina of Time, Koji Kondo a cependant intégré de nombreux nouveaux thèmes fabuleux. La plupart mettent parfaitement en valeur les différentes situations et tout cela contribue à véhiculer ce florilège d'émotions vidéoludiques.











